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Rencontre avec l’iconoclaste William Klein

La transgression des disciplines artistiques est au cœur de l’œuvre de William Klein, qui a su trouver au sein des marges, sa force créatrice et son inspiration. 

Photographie, graphisme, cinéma, affiche et peinture (la discipline par-là où tout a commencé), William Klein expérimente les arts visuels. De la peinture abstraite dans l’atelier de Fernand Léger, à la mise en lumière des Black Panthers ou le film politique « Grands soins et petits matins », son parcours témoigne avant tout d’une recherche continue et d’une expérimentation pour énoncer, dénoncer et participer à la société contemporaine et laisser une trace dans l’histoire.

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Cet article est issu d’une interview donné à William Klein, pour l’association Buzz’arts, en remerciant la Galerie Le Réverbère à Lyon, sans qui je n’aurai pas pu faire cet entretien (copyright : Danielle Suon, crédits photos : William Klein).

Le 05/09/2011

 Pourquoi ce surnom de “Bad Boy” ?

William Klein : Parce-que les gens sont cons. C’est sûrement par rapport à la photographie traditionnelle, je suis allé à l’encontre de toutes les règles de la photographie.

Vous étiez un rebelle à votre époque ! Vous avez fait des études sociologiques alors : témoin ou acteur de la société contemporaine ?

La sociologie, j’en ai fait à 18 ans mais cela n’a pas eu beaucoup d’influence sur mon travail.

Vous avez fait un film-documentaire en 1962 « les Français et la politique », pourquoi les autorités françaises de l’époque l’ont censuré ?

J’ai fait ce film dans le cadre de l’édition « Cinq colonnes à la une ».  Ce film portait sur la façon dont les français regardaient leurs élus. La plupart des gens que j’ai rencontré pour ce film vivaient dans un petit village. Ces français avaient une grande méfiance vis-à-vis de leurs élus. Ils trouvaient qu’ils venaient chercher leur voix pour ensuite s’en aller à Paris oubliant leur promesse. Ils étaient en général déçus par l’attitude de leur représentant.

Ce documentaire a était déprogrammé 2 heures avant sa diffusion.

Cela avait un rapport avec la politique et le message du documentaire ?

Le sujet sur les rapports des gens avec leurs élus a été commandé par l’émission « Cinq colonnes à la une » – une émission politique et sociétale – C’était assez ironique ! Les gens qui ont assisté à la projection étaient le Directeur de l’ORTF, des personnes des Affaires Etrangères et plusieurs responsables de la chaîne … ils ont trouvé que le film était trop …. satirique.

Pensez-vous que ce documentaire aurait était censuré s’il avait été diffusé aujourd’hui ?

Je ne sais pas. Le rapport entre les responsables de télévision – ….. blanc …. –  le rapport entre les votants et les élus n’ont pas tellement changés finalement.

Vous avez beaucoup voyagé, vous avez réalisé plusieurs ouvrages notamment sur différentes villes comme Paris, New-York, …

William_Klein_07J’ai fait 5 livres sur les villes de New York, Rome, Moscou, Tokyo et Paris. Ces livres vont être réédités dans un coffret, par l’éditeur allemand Taschen. Ils devraient sortir dans quelques mois.

Vous avez photographié Paris seulement en 2000 alors que vous êtes arrivés en 1948. Pourquoi ?

Oui mais j’ai fait ces livres par curiosité. Je voulais savoir comment les choses se passaient pour l’URSS et je suis allé à Moscou. Je voulais d’ailleurs voir ce que l’on pouvait dire avec la photographie. Ensuite, j’ai eu l’occasion d’aller à Tokyo. A chaque fois ce fut une aventure et un apprentissage.

Comme je vis à Paris, je n’avais pas la même curiosité que celle que j’ai eue pour Moscou. Une ville en période de guerre froide dans un tournant du socialisme entre Staline et Gorbatchev.

Je n’avais pas la même préoccupation de dire ce que je pensais de Paris.

Ce sont mes éditeurs à Paris et à l’étranger, qui m’ont proposé de faire un ouvrage sur Paris et finalement …. Je me suis dit : « En effet, pourquoi pas ! » et je l’ai fait.

Vous l’avez fait avec un autre regard?

Je suis toujours un étranger …. A Paris d’autant plus à Moscou , Tokyo ou New-York.William_Klein_01

Ayant vécu à Paris pendant 17 ans avant de faire le livre je pensais avoir un regard moitié européen et moitié natif de New-York qui pouvait être intéressant.

Qu’allez-vous présenter à la galerie le Réverbère à Lyon ? Une conférence, une exposition ?

Je travaille avec plusieurs galeries…. dont une galerie à Lyon qui fête cette année, leurs trente années d’existence et les vingt années de notre collaboration.

Ils ont demandé aux collectionneurs qui ont acheté et gardé mes photos, de faire une sélection de photos de leur choix, des photos auxquelles ils tiennent. Il y aura une dizaine de collectionneurs qui exposeront chacun 5 photos.  Et moi j’aurais une carte blanche pour montrer un peu la trajectoire de mon travail photographique. Il y aura donc des expositions photos et une projection pour l’institut Lumière, d’une rétrospective de ma filmographie.

Mais il n’y aura pas « Les Français et la politique » ? (rires)

Malheureusement (rires) vous savez une fois censurée, il disparaît du champ du visible (rires)

Votre travail photographique et de réalisateur ont souvent rencontré la problématique des opprimés Noirs américains ?

Lorsque j’ai commencé à faire du cinéma, j’ai vu qu’il y avait des sujets qui n’étaient pas traités. Jeune cinéaste, je trouvais que la situation des Noirs au milieu des années 60 était scandaleuse. Et j’avais l’occasion au travers du cinéma de faire des films sur des héros noirs américains … comme Mohamed Ali, Little Richard et également un des chefs des Black Panthers, qui s’appelle Eldridge Cleaver. Il se disait Ministre de la Culture du mouvement des Black Panthers.

Ce sont des films sur des personnages importants mais qui n’avaient jamais fait l’objet de portrait ou de film. J’ai eu cette idée et j’en ai fait trois.William_Klein_09

Quand on voit votre travail notamment sur les Black Panthers, vous semblez être très engagés. Je me trompe ?

Pourquoi pas ? Vous n’êtes pas engagée, vous ?

(je souris) Quels sont les artistes émergents qui ont de l’avenir à vos yeux ?

Les artistes émergents ? C’est un mot que je trouve agaçant. C’est peut-être des jeunes cinéastes américains qui font des films en dehors de Hollywood, comme Judd Apatow qui fait un cinéma anarchiste et pertinent. …. Mais j’ai du mal à donner des noms… Frederick Wiseman dont les films traitent des institutions américaines, les lycées, les hôpitaux, les prisons. Ils s’attaquent depuis 45 ans aux institutions dont ils tirent le portrait…. Michael Moore s’inscrit d’ailleurs dans cette même filiation.

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Danielle

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Globe-trotter, curieuse, gourmande et blogueuse auto-didacte, je partage avec vous mes découvertes, ces idées pour un monde meilleur. Pour en savoir plus, visitez la rubrique "Le Colibri".

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