Visuel du festival Rencontres d'Arles 2014

Rencontres Arles, photographie 2014

Du 7 juillet au 21 septembre 2014, la ville d’Arles accueille 50 expositions photographiques réparties dans des lieux de patrimoine culturel. Sous le nom de “Parade”, cette édition 2014 est peut-être la dernière de son directeur François Hébel, après 15 ans de loyaux services. Pourquoi ? nous le verrons plus bas. Ensuite, armée de mon pass journée, je vous parle des expos qui m’ont le plus marqué et ce qui ne faut pas louper lors de votre prochaine visite en Arles. (hé oui, pour les puristes, on ne dit pas “à Arles”, bref, à l’écrit on le fera quand même).

 

> La parade estivale selon Arles : Culture tauromachie vs Photographie 

Tauromachie en cartes postales
Tauromachie en cartes postales

Avec plus de 52 000 arlésiens, cette cité d’art et d’histoire est inscrite au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO depuis 1981. Arles est la ville la plus étendue de France (759km², soit 2 fois Marseille ou 7 fois Toulouse). Elle possède de riches ressources touristiques comme les férias de riz, de chevaux, mais surtout les corridas et les antiquités de l’époque romaine.
Il est vrai que lorsque j’entends “Arles”, je pense tout de suite à la tauromachie et son arène, à la Camargue et ses moustiques, au Rhône et au buste de Jules César retrouvée dans ce même fleuve. Mais comme je suis contre la pratique de la tauromachie et que je déteste les moustiques, je pense surtout à son festival annuel de la photographie internationale. Cela fait donc déjà 5 ans que j’y vais et je n’ai raté qu’une édition depuis.

Les Rencontres de photographie d’Arles existe depuis 1968. Elle regroupe sur cette édition 2014 plus de 50 expositions étendue dans les plus beaux lieux historiques de la ville (Abbaye de Montméjean, le théâtre Antique, le couvent St Césaire, le cloître St Trophime, …).

Il est vrai que je vous parle tardivement de ce festival car beaucoup d’événements se passent en général à son début, tout comme les projections dans les ruines du théâtre Antique, les rencontres avec les photographes, les visites guidées, etc… mais je n’ai pas eu le temps d’y aller et il vous reste encore 2 semaines pour passer faire un tour.

Alors, je fais une visite d’une journée, chapeau, lunettes de soleil, chaussures adéquates, le plan à la main, pour prendre de plein phares un superbe choix artistique de photographies. D’artistes connus, d’autres moins connus, de découvertes, d’apprentissage, de technique et de réflexion… pour cette édition qui ne sera certainement plus le même festival ensuite… mais çà, je vous en parle plus bas pourquoi.


 

> Coup de projecteurs sur mes expositions coup de coeur

Ok, un peu moins de 30€ le pass journée, j’ai droit à mon plan gratuit (sinon c’est 0.50€), mais qui est comme chaque année plus que bordélique, je ne l’ouvre que entouré les noms d’artistes qui m’ont plu. J’ai droit à une entrée par lieux et je n’ai qu’une journée pour voir ce qui m’intéresse. Connaissant déjà un peu la ville, je sais qu’il va falloir que je la trie en zones pour mon parcours et que je sélectionne scrupuleusement les artistes que je souhaite voir. Heureusement que je suis allée voir la veille sur le site des Rencontres d’Arles et que j’ai pu déjà sélectionné les expos que je souhaitais voir. Je vais donc me concentrer plus particulièrement sur le parc des anciens ateliers.

Danseuse gitane à un mariage, Ste Marie de la mer
Danseuse gitane à un mariage, Ste Marie de la mer
  • Lucien Clergue “Les hommes et les femmes de Lucien Clergue”

Il fonde en 1968, avec son ami écrivain Michel Tournier, le festival international de photographie qu’ils nomment Les Rencontres d’Arles et invite donc de fameux photographes du monde entier à venir exposer dans cette ville du sud. Ainsi, je me devais d’aller voir la rétrospective de cet homme de 80 ans, qui a instauré cette discipline artistique devenu emblématique et synonyme de la ville d’Arles.

Sur le mur de droite d’un long couloir, des photographies noir et blanc (pour la plupart) retrace le visage des hommes et le corps des femmes qui ont compté dans sa vie. Parmi ces hommes, on peut retrouver Pablo Picasso, qu’il rencontra à ses 19 ans en 1949, lors d’une corrida en Arles, ou encore Jean Cocteau. Parmi ces femmes, Brigitte Bardot, les danseuses d’un mariage gitan de Ste Marie de la mer ou encore des modèles de nu qui se prêtent au jeu de la mer et du sable. Ce mur relate plusieurs années d’influence artistique, le genre change, évolue, les corps se dénudent et s’exhibent avec les générations.

Une autre partie de ces photographies est exposée au Musée Réattu jusqu’au 04.01.2015

Voici pour vous, le lien vidéo de la lecture de ses photographies (1h – sous titre en anglais) : http://rencontres-arles-photo.tv/#interview-de-lucien-clergue

Lucien Clergue, Rencontres Arles 2014

Je suis Wallé respecte-moi
Je suis Wallé respecte-moi
  • Patrick Willocq “Je suis Walé respecte-moi”

En fait, je connaissais son travail, notamment celui de sa série “The 4 seasons of Shanghai” exposé dernièrement au Festival européen du Nu, à Arles. Mais çà, je m’en suis souvenu une fois que j’ai fait des recherches sur lui en rentrant chez moi, car j’ai beaucoup aimé la série qu’il présente actuellement aux Rencontres d’Arles.

Le rendu des couleurs qu’il présente dans ses mises en scène parfois poussées à l’humour m’a époustouflé. Ce travail mis en valeur grâce au format et à l’impression est identique à des tableaux, d’où l’importance de venir voir les oeuvres en exposition car l’écran d’un ordinateur n’aura jamais un rendu équivalent.

Patrick Willocq a vécu 7 ans au Congo et rend hommage au rituel que vivent les femmes pygmées Ekonda de la République démocratique du Congo. La naissance de leur premier enfant est considéré comme le moment le plus important dans la vie de femme Ekonda. Après avoir accouché, les Walés (qui veut dire “femmes allaitantes”) s’enferment 2 à 5 ans chez ses parents et lorsqu’elles reviennent, elles acquièrent un statut de patriarche. La fin de leur isolement est célébré par des chants et des danses codifiées propres à chacune.

Chema Madoz, rencontres arles 2014
  • Chema Madoz “Angle de réflexion”

Photographe espagnol, né à Madrid en 1958, est mon troisième coup de coeur de cette visite. Son travail de composition est essentiellement en noir et blanc et surtout à l’argentique sans zoom. Un travail un peu collégial mais cela lui laisse une infinité de possibilités de jeux avec la lumière et les objets. Qu’il collectionne d’ailleurs, pour leur singularité, pour leur redonner une autre âme et une seconde vie.

Pour cela, il les met en scène dans ses photographies pour laisser au spectateur un angle de réflexion. J’ai beaucoup aimé sa sensibilité poétique, chaque photo est une métaphore à la vie et redonne à la pratique photographique son sens philosophique. Un petit air parfois de Magritte dans la composition ou encore Gilbert Gacin pour son humour.

Parfois, il ne présente que des aspects graphiques de ses objets, on sent une certaine rigueur et la tendance des années 60. Parfois, cela fait penser aux publicités des années 60-70, lorsque les créatifs avaient encore de l’imagination pour créer avec 2 bouts de ficelles. Chema Madoz m’a réconcilié avec la photographie de nature morte car il la rend vivante et avec un humour très fin.

Il y a bien sûr d’autres photographes qui en valent le coup et ma sélection était serré. Vous retrouverez notamment : Raymond Depardon, Patrick Swirc, David Bailey, Christian Lacroix …


 

> François Hébel quitte les Rencontres sur une Parade

“En quinze éditions, j’ai toujours considéré Arles comme une scène théâtrale à l’échelle d’une ville, destinée à propulser les photographes sous les projecteurs, à leur tendre des micros (parfois des mégaphones!), à échanger avec leurs publics.”
Directeur des Rencontres d’Arles sur les éditions 1986 et 1987 puis de 2002 à 2014. François Hébel quitte définitivement la direction du festival.

“L’exposition d’un photographe à Arles est une performance au sens où il s’agit de montrer son oeuvre, de l’exposer avec justesse et de lui faire passer un cap inhabituel pour beaucoup, celui de la confrontation publique, …”
C’est ce que représente une exposition en soi et François Hébel l’a très bien compris. Depuis 2002, le format du festival a évolué et aujourd’hui, il peut prétendre à voir défiler plus de 100 000 visiteurs en partie grâce à lui. Alors, pourquoi part-il ?

  • Le pacte entre le mécène Luma, Moja Hoffmann et le maire

Le festival est bousculé par l’ambitieux projet de la Fondation Luma, son sponsor depuis plus de 10 ans. A sa tête, l’héritière milliardaire suisse Moja Hoffmann (des produits pharmaceutique Hoffmann-La Roche). N’étant pas d’accord avec ce projet, François Hébel quitte la scène et laisse les clés du festival à Sam Stourdzé, directeur du musée de l’Elysée à Lausanne.

La suisse, arlésienne d’adoption, a vécu en Camargue et c’est là qu’elle souhaite développer son projet ambitieux et sa vision de la culture. La maquette de cet énorme campus de 13 hectares, signé Luma est déjà en exposition sur son futur lieu d’exploitation : la ZAC du parc des anciens ateliers SNCF, sur les ruines de la nécropole des Alyscamps.

  • Le projet d’avenir pour la ZAC du parc des anciens ateliers SNCF

Les premiers travaux de réhabilitation avait déjà commencé en 2007 avec le premier bâtiment, celui de la Chaudronnerie, transformé en une halle de 5000 m². Ce vaste projet entièrement financé par Luma est de 150 millions d’euros. Elle a également le terrain puisque la fondation l’a racheté à la Ville et à la Région PACA pour 10 millions d’euros. Le festival des Rencontres d’Arles ont bien eu lieu pour une dernière fois dans ces lieux avant que les travaux artistiques ne soient ensuite soumis à la Fondation Luma. Le partenaire privé deviendrait-il le seul actionnaire des activités culturelles de la ville ?

La reconquête économique de la ville prévoit la construction d’équipements universitaires, habitat, hôtel d’entreprises, espaces de loisirs et création d’un nouveau quartier dont un “bâtiment ressource” de 56 m de hauteur (prévue pour 2017-2018), par l’architecte Frank Gehry (Guggenheim Bau Dhabi, Bilbao, Fondation Louis Vuitton à Paris).

Un projet ambitieux qui a séduit le maire PCF, qui doit permettre “normalement” de créer plus d’un millier d’emplois potentiels, alors que le festival requiert 34 millions d’euros annuel pour entretenir ses archives et développer son projet artistique, 50% est financé par les fonds publics. Que pouvait-il espérer de mieux ? L’argent est un appât bien alléchant comparé à l’éthique et l’intégrité.

Plan Rencontres Arles 2014
Plan Rencontres Arles 2014

> Quel avenir pour le financement des structures culturelles ?

Je ne veux pas paraître rabat-joie dans mes propos, je suis loin d’être conservatrice, je me pose juste la question du rôle et de la place du mécénat culturel. Lorsque les structures culturelles tentent d’auto sauver leurs projets en demandant de l’aide extérieure (car les subventions publiques se restreignent), rendre professionnelle la pratique artistique et employer des personnes qualifiées pour espérer un développement moins amateur, comment peut-on encore garder le coeur même de l’indépendance artistique ?

Quelque soit le devenir du festival, je garderai en mémoire la première fois où je suis rentrée dans cet espace d’anciens ateliers, je trouvais enfin un lieu atypique, en ruine mais authentique, rempli d’histoire et qui aspirait à l’imagination. Demain peut-être nos lieux d’expositions deviendront des espaces de murs blancs, aseptisés, résonnant et dans lequel nous seront obligés de parler tout bas car en perte d’intimité ?

 

Je me souviens d’avoir découvert la ville d’Arles et les oeuvres d’artistes tels que JR, Gilbert Gacin, Sergio Larrain, Michel Vanden Eeckhoudt, Jacques Henri Lartigue, et encore bien d’autres… Une page se tourne, comme dit François Hébel dans son édito : Rideau.

Et vous, comment avez-vous vécu les Rencontres d’Arles ? Quels souvenirs avez-vous ?

 

Share
Danielle

About Danielle

Globe-trotter, curieuse, gourmande et blogueuse auto-didacte, je partage avec vous mes découvertes, ces idées pour un monde meilleur. Pour en savoir plus, visitez la rubrique "Le Colibri".

You May Also Like

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *